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ré-enchanter le monde ?

L’art change parce que le réel a changé. Cet art qui change nous le nommons « indisciplinaire » parce qu’il excède les disciplines artistiques usuelles… et parce qu’il tente d’échapper par ailleurs à la domestication des œuvres et au conformisme des désirs. Il est porté par une génération de chorégraphes-plasticiens. C’est un art cosmopolite qui fait écho à la mondialisation. Pour ces raisons le Festival Antipodes accentue fortement son objet.
« Antipodes » est donc indisciplinaire et cosmopolite : Bruxelles, Vienne, Berlin, Lisbonne, Séville, Barcelone, Montréal, Londres, Paris…, Brest, nos créations se diffusent dans les espaces européens voués aux arts contemporains et nous accueillons les créations de ces mêmes lieux.

L’imaginaire et le plaisir habitent ces œuvres tantôt joyeuses tantôt tragiques dont nombre d’entre elles traitent de ce nouveau fantasme d’un homme auto-construit qui rêve d’être le designer de son propre corps. Fantasme de notre époque qui oppose le leurre du dévoilement et de la transparence à l’esthétique du voile et du mystère, leurre d’une démocratie du tout voir et tout montrer. Ces artistes aiment à jouer avec ces leurres et à retrouver la part ludique en chacun de nous.
Ils tentent aussi de briser l’indifférence, cette mer glacée en nous, face aux formes nouvelles de domestication de l’homme et au pressentiment des catastrophes (humaines, écologiques, sociales) qui nous menaceraient. Après l’effondrement des croyances et des grands récits de l’émancipation ne resteraient-ils plus que le culte du corps dans les démocraties et les fondamentalismes fanatiques dans le reste du monde ?
Le jeu de ces artistes c’est aussi celui des passions qui bouleversent l’idée même de la beauté.
Ré-enchanter le monde, tel serait leur projet ?

 
Jacques Blanc