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Interview : Bernardo Montet

Dimanche 22 février, après le marché...

Parcours 2 C :

C'est un parcours. "C" comme Christ, chaman, chair. Et "2" pour ce rapport duel entre père/fils, bien/mal, ange/démon. Ça pourrait être une sorte de parcours initiatique, qui serait sur un quai, sur lesquels on déchargeait les déportés ; ils avaient des noms : 1A, 2B, 2C... Vobiscum, en latin ,ça veut dire "avec vous" ; c'est souvent une expression utilisée dans les églises pour dire Dieu est avec vous.

La pièce est assez courte, par rapport à ce que je fais d'habitude : elle dure une heure.

Il y a les interprètes avec qui je travaillais sur ma pièce précédente : O. More, et aussi 3 femmes, dont une actrice handicapée - il y a deux acteurs handicapés du groupe Catalyse, de Madeleine Louarn ; ça, c'est une chose importante, assez décisive dans la façon de fonctionner.

Il y a aussi un compositeur, Robert Piéchaud, mathématicien de formation, inventeur de logiciels pour déchiffrer les partitions de musique contemporaine et compositeur, qui sera au piano, et aussi un trompettiste.
Je n'ai jamais travaillé avec piano et trompette de ma vie ; ce sont des instruments classiques, qu'on utilise là à des fins contemporaines, en direct.

Je danse aussi un peu. D'ailleurs, c'est Christian [acteur professionnel handicapé] qui m'a redonné envie de danser, de redécouvrir des choses.

Le décor, le dispositif, c'est une route, un morceau de route sur lequel s'avancent les interprètes. On a un espace extrêmement vaste, dans cet immense théâtre du Quartz et la route fait toute petite. C'est assez impressionnant d'avoir un espace comme ça, très parlant, du coup, par l'absence qu'il génère. Je ne pense pas qu'on aura cette occasion dans tous les théâtres, donc, là, on profite de ces immenses noirs, de ces immenses vides dans lesquels on peut déposer beaucoup de son imaginaire.

Je pense que cela aurait été une erreur, d'adapter le dispositif en fonction. Pour moi, on part sur le chemin de croix, la passion, c'est à dire le moment où on passe du "tous contre tous" au "tous contre un" ; ces choses là, elles arrivent dans des petites communautés comme dans des grandes communautés, dans des petits espaces comme dans des grands espaces. Je ne voyais pas la nécessité d'agrandir ou de rendre plus petit ces espaces pour des raisons liées au spectacle. Donc on a diminué la jauge pour que le public soit plus près.

Il y a aussi 12 mannequins disposés dans la salle - serait-ce les 12 apôtres?- qui sont des témoins des scènes. Quand le public rentre, ils chuchotent un texte, un vieux texte hébreu du 10e/12e siècle, ils ont des haut-parleurs dissimulés dans le dos qui diffusent du son. Ils parlent ; parfois ils crient, quand ils voient la passion se dérouler.

Comme il y a des acteurs juifs, musulmans, chrétiens, on s'est posé la question de l'image, de l'iconographie, car les religions juive et musulmane ne favorisent pas l'image .
J'ai revu un film de Tarkovsky, Andrei Roublev, ou il y a une quête d'absolu, de figure d'absolu ; Roublev passe toute sa vie à essayer de la dessiner.
Christian dessine en direct, il est dans cette quête d'absolu. C'est cette image de lui peignant, que l'on voit pendant tout le spectacle.

BREST

J'ai un attachement énorme pour cette ville. Ma fille est née ici, donc c'est très important. J'ai vécu 10 ans en Bretagne, d'abord à Rennes et maintenant à Brest, enfin, j'étais à Brest, pendant quatre ans et demi, puisque maintenant je suis à Tours. C'était un moment de ma vie professionnelle où il y a eu de grands chamboulements. J'aime beaucoup Brest parce que c'est une ville qui a été tellement meurtrie ; j'ai l'impression quelle a l'humilité de son passé.
Il faut être vraiment fort pour vivre ici : la pluie, le vent... Contrairement à Quimper, qui a des recoins, des choses comme ça, ici, il n'y a rien pour s'appuyer. Même les places... il y a tellement de pluie, tellement de vent, qu'on ne reste pas dehors. Donc il faut être fort pour vivre ici, c'est pas étonnant qu'il y ait autant d'alcoolisme, de suicide, je peux comprendre, il faut être solide, quoi. Et en même temps, les gens sont très fidèles, il y a une énorme valorisation, considération de la relation, qui a beaucoup de valeur ici. On ne va pas vous taper sur l'épaule, mais on va vous le manifester par une très grande chaleur.
En m'investissant dans plusieurs choses, j'ai rencontré pas mal de gens à Brest, j'ai des relations très fortes ici. Notamment avec le Quartz, bien sûr

LE PUBLIC
Plus il y aura de gens qui viendront danser, mieux je me porterai. C'est important aussi d'ouvrir tous ces lieux, tous ces espaces publics, qui ont l'air un peu confinés, élitistes, au plus grand nombre, et particulièrement à ceux qui n'y ont pas accès. C'est pour ça aussi que je vais quelquefois dans les prisons. Ce n'est pas pour qu'il y ait plus de public, puisqu'ils sont enfermés ; c'est pour que la culture aille à eux. C'est très important pour l'art : qu'il aille dans des endroits où il n'est pas censé être. L'art a transformé ma vie, je ne suis pas d'une famille d'artistes, et j'ai envie que d'autres puissent le connaître. Je pense que du point de vue de l'épanouissement personnel, la vie est moins difficile quand on a une dimension spirituelle que l'art peut emmener.

LA TROUPE
Pour moi, les artistes qui sont dans le groupe, c'est primordial. Je pars d'eux pour concevoir les choses. Ils ne m'auraient pas suivi à Tours, je n'y serais pas allé. Ils ne seraient pas dans la pièce, je ne l'aurais pas faite. Pour moi, la scène, c'est parler du vivant, et dans ce sens-là, cette équipe est très importante. Il y a un ivoirien, un kenyan, une israélienne, une italienne, et des français. Ça me fait peur de me retrouver dans une communauté où il n'y a qu'une identité, un humour, des souvenirs... J'aime créer un terrain où l'on puisse inventer une relation.

LA DANSE CONTEMPORAINE
La danse contemporaine, pour moi, c'est un peu être sentinelle de notre monde d'aujourd'hui, qui a tendance à oublier, à étrangler, à se détruire aussi... L'art contemporain est là pour nous éveiller, nous réveiller, nous rendre capables de répondre à des dérapages, qu'ils soient extrémistes, cataclysmiques, guerriers... Pour essayer d'être vigilants à ce que ces dérapages soient signalés. La place du poète, c'est de nous amener à trouver les ressources de résistance. La résistance, ce n'est pas forcément lié à l'ennemi. La résistance à se laisser aller, à ne pas réagir, à oublier les priorités.

Bernardo Montet
Parcours 2C
O.More

   
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