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JA, NEE
Boyzie Cekwana
La danse contemporaine
Sud-Africaine a engendré deux figures de proue dans
la dernière décennie : après Robyn Orlin, invitée deux
fois au Quartz en 2001 et 2003, Brest accueille pour
la première fois Boyzie Cekwana. Le chorégraphe propose
une danse de guerre contre un monde trop dur : celui
des townships de Soweto. Une danse souvent violente,
théâtrale, qui raconte une société dominée par les hommes
où sévit une maladie mortelle, le sida.
>>> Ja,Nee, au
Quartz, le 5 mars 04
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  Ebouriffant
: Ja ,Nee est en répétition en ce moment au
Quartz. Petit extrait
en vidéo >>>
Nadège
Loir, assistante artistique du Quartz : " Le sujet
est grave, mais le spectacle est très tonique, avec
de l'humour, pour tous les publics...". Voir
la vidéo >>>

jeudi 04 mars : rencontre avec Boyzie
Cekwana
De quoi parle Ja,Nee?
"C'est un commentaire social sur le SIDA, et sur les
abus dont sont victimes les femmes et les enfants en Afrique
du Sud. L'essentiel du commentaire passe par l'installation
photo du spectacle et par la vidéo. Le public est d'ailleurs
invité à l'utiliser après la fin du spectacle.
"
Il n'y a qu'une femme dans le spectacle,
une danseuse contemporaine. En Afrique du Sud, déplore
Boyzie Cekwana, la société est centrée
sur la masculinité. Tout s'organise en fonction des
hommes, du mâle. Il n'y a pas de place pour la femme.
Dans Ja, Nee, elle est à la périphérie
du spectacle, tout en étant le sujet central : les
hommes s'organisent socialement et s'affrontent à son
sujet. Cette femme seule représente aussi celle qui
survit, dans un équilibre précaire, comme une
danseuse de corde, dans un monde d'hommes. "Dit comme
cela, ça a l'air tragique, mais en fait, le spectacle
ne l'est pas. Juste le thème."
Quel est l'état de la danse
contemporaine en Afrique du Sud?
"C'est une question périlleuse.
Elle est à la fois en bonne et en mauvaise santé.
Tout un travail a été mené ces dernières
14 années, pour amener le public Sud-Africain à
la danse contemporaine. Malheureusement, il reste encore un
travail d'éducation à faire vis à vis
du gouvernement..."
Comment se passe votre tournée?
"Nous sortons juste d'une représentation au Dance
Umbrella de Johanesbourg. La vie d'un artiste en tournée
a ses hauts (très hauts) et ses bas (très bas).
C'est très intéressant par exemple d'être
le témoin des changements difficiles à l'oeuvre
ces dernières années en Europe. Il devient plus
dur de vivre en Europe maintenant, mais peut-être le
temps du changement est-il venu ici aussi. J'espère
seulement que qu'il se fera dans le bon sens.
Après les Antipodes, nous allons à Weimar et
à Berlin, la semaine prochaine. Puis, nous rentrons
à la maison pour préparer le 10ème anniversaire
de notre démocratie, et le 3ème anniversaire
des élections démocratiques. Nous vivons une
période très excitante en Afrique du Sud. Il
y a tant de possibilités..."
Boyzie Cekwana à propos de
Ja,Nee
"Je
commence à penser que j'ai perdu mon sens de l'humour et peut-être
de manière plus critique, mon ironie objective. Je suis de plus
en plus tenté de répondre à la réalité des luttes quotidiennes
que vivent les gens qui m'entourent.
Avec cela en tête, j'ai construit cette pièce. […] J
'ai essayé par ma collaboration avec des acteurs, de mettre
en avant et d'exhumer la dichotomie entre une culture ancienne
qui se heurte à une autre sous grande influence occidentale,
moderne et urbaine. Par le biais des prières (un art séculaire)
nous remontons jusqu'à l'origine de la domination mâle dans
nos cultures. Une telle domination est intrinsèque au développement
et répand une menace pandémique qui menace de décimer des générations
d'Africains. La jeunesse en particulier.
J'ai aussi choisi d'utiliser l'usage symbolique des bottes en
caoutchouc, qui sont le symbole fort d'une main d'œuvre de masse
exploitée et bon marché. Je veux par là illustrer une source
puissante de dépravation, de maltraitance dans l'Afrique du
Sud urbaine. Les mines d'or, de charbon et de diamants où sont
exploités les hommes sont aussi une source prédominante du virus
HIV. […]
J'ai aussi dû faire un choix dans l'utilisation de la langue.
C'était soit faire passer le message à un public de langue non
africaine et risquer de perdre la force et l'énergie de la langue
de mon pays. Soit capturer l'apport et la dynamique de la langue
indigène et risquer de perdre le public. J'ai choisi cette dernière
solution. "

L'équipe
Avec
: Desire Davids, Wonderboy Gumede, Mxolisi Ngubane,
Mbeki Mabhida, Xolani Helelma, Sizwe Sithole, Buyani Shangase,
Mnatha Vika
Musique : Mandoza, The Statler
Brothers, Jean-Sébastien Bach
Lumières : Hans - Olof Tani
Photographies : Val Adamson
Coproduction : Floating Outfit
Project, Centre National de la Danse - Paris, Springdance
- Utrecht
Avec le soutien de Georgina Thompson
(Dance Umbrella, Johannesburg), Jerry Pooe and Eager Artists,
Afaa (Association française d'Action Artistique) - programme
Afrique en créations (Ministère des Affaires Étrangères).
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