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BORIS CHARMATZ
Bocal / Etudes Brest

Bocal réunit un groupe d'étudiants en recherche autour de l'idée de l'école, rassemblés par Boris Charmatz pour travailler pendant un an. L'équipe est accueillie par le Quartz au Manoir de Keroual durant le festival.


Boris Charmatz à propos de Bocal / Etudes

" L'institutionnalisation des écoles publiques supérieures de danse françaises conduit à poser la question de l'art en leur sein. Au lieu de proposer des projets remarquables, les Conservatoires se ressemblent au-delà de toute attente. Peut-on se contenter d'écoles formant la chair des auditions de quelques compagnies "qui tournent", ou doit-on demander aussi à l'école d'être le creuset de l'art de demain ? Si tel est le cas, les modalités de la formation doivent être repensées très rapidement en France. Sinon, une fois que quelques générations formées à Bruxelles auront monopolisé le champ créatif, il ne restera que la tentation de l'importation décalée d'un modèle à l'identique, quand bien même ce modèle poserait problème.

Une école moderne se doit de formuler un projet esthétique, elle doit poser la question de la culture, la question de l'art, la question de la vivacité artistique dans un monde à évolution rapide.

Les cursus actuellement proposés sont caractérisés par la place démesurée qu'ils accordent à LA technique. En effet, on espère implicitement que le danseur, une fois formé et rompu à toutes les techniques, saura bien s'adapter à n'importe quel employeur-chorégraphe. On pense encore que le danseur ne se fait que dans le studio, alors qu'il résulte aussi des spectacles, des lectures, des discussions qui forgent son entendement. On semble par ailleurs oublier que l'artiste chorégraphique est de plus en plus souvent amené à développer ses propres projets, à expliciter sa démarche, à débattre, à occuper des fonctions administratives ou à collaborer avec des artistes d'autres disciplines…

La modernité est un terrain de critiques, de positionnement et de remises en question. Il ne suffit pas de multiplier les disciplines enseignées, pour coller au maximum à l'actualité éclatée des savoirs, ni de chercher en vain les enseignantes et enseignants nécessaires aujourd'hui, ni de se demander quelles techniques de corps seront bénéfiques à l'élève, mais bien, quel état d'esprit.

L'espace de la pédagogie contemporaine c'est donc nécessairement celui d'un projet esthétique qui permet à des artistes d'interroger leur propre culture de corps. Les artistes les plus actifs, de même que les grandes figures de l'art moderne doivent être au cœur de l'enseignement, leurs travaux discutés régulièrement de façon à ce que se résorbe le gouffre artificiel créé entre les étudiants et l'art d'aujourd'hui. Former un danseur, c'est former avant tout un artiste : il doit se construire un trajet artistique, forger des choix esthétiques, savoir ce qu'il veut faire s'il ne veut pas être ballotté d'audition en audition.

L'exception culturelle, les corps exclus du système marchand, c'est dans les écoles qu'on doit les former. "

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